Street art place St-Michel à Bordeaux : entre création et destruction

Les bordelais la connaissent bien, la place St Michel. Avec sa grande basilique, sa flèche et surtout son carillon qui sonne les heures d’une mélodie gracieuse. De fait, beaucoup sont au courant des troubles qui l’animent à l’heure actuelle : des engins de travaux ont investit les lieux, travaillant sur la remise à neuf, la reconstruction et la transformation de tout un quartier. Si le projet a déjà fait pas mal d’émules, notamment dans la forme et les travaux entrepris par la mairie de Bordeaux, le début des aménagements a d’ors et déjà commencé.

Ceux-ci commencent par la place. Destruction des lampadaires et des bancs de pierre qui les entouraient, mais aussi retrait des pavés de la place et quelques autres travaux de déblaiement font désormais place net. Mais alors que le sol se couvre de poussière et que les marteaux piqueurs assourdissent les passants, une tache de couleur résiste encore sur un pavé. Bleu, rouge, blanc… Pour encore combien de temps ?

Pour son baroud d’honneur, certaines personnes ont voulu faire un dernier clin d’œil au lieu. Sur les pavés se sont étalés des dessins, où les pavés servent de pixels colorés. Du street art sous la forme de pixel art donc.

Street art, kézako ?

Le street art, ou « art urbain » en français, représente toutes les formes d’expressions plastiques ayant lieu dans la rue, ou les lieux publics. Dans un premier temps, lorsque l’on dit « street art », on pense à tags et autres graffitis sans intérêt qui détériorent les lieux. Faux !

Bien que prenant place dans la rue, bien que parfois fait sans réelle autorisation (pas toujours cependant), le street art est un peu plus développé que le simple tag. Trompe l’œil, fresques gigantesques, ses formes sont multiples et les lieux encore plus variés. De l’usine éphémère aux façades des immeubles, les exemples sont nombreux. A Bordeaux, ce sont, par exemple, des morceaux de ciel bleu qui se découpent sur le coin des façades, des animaux qui vous observent, et pleins d’autres choses encore.

Ouverture sur le ciel bleu... (artiste inconnu)

Ouverture sur le ciel bleu… (artiste inconnu)

Décliné sous plusieurs formes, plusieurs supports, et faisant montre d’une inventivité toujours renouvelée, le street art émerveille autant qu’il est invisible. C’est sans doute là l’un des intérêts de la chose. Perdu dans le quotidien, au fil des rues que l’on arpente tous les jours sans vraiment y faire attention, les œuvres sont toujours redécouvertes avec l’émerveillement du premier jour. Rien ne les indique, elles surgissent au détour d’une rue, d’un volet, d’un carrefour… Le passant ne s’y attend pas et la surprise est toujours aussi agréable.

Légèrement marginal quand même, du fait que le street art entre difficilement dans les musées (ce qui n’est pas faute d’avoir essayé), le street art reste une catégorie large ayant tendance à jouer les rôles de fourre-tout. Car attention, les sculptures et autres expositions de sculpture à ciel ouvert dans les rues de la ville, ce n’est pas du street art ! Pour rester à Bordeaux, l’exposition Jaume Plensa, accessoirement fort sympathique, n’en est pas.

En somme, même si la distinction entre art et non-art est toujours aussi délicate à faire, le street art se présente comme une forme hybride, où plus que jamais, pour reprendre les mots de Duchamp, « c’est le spectateur qui fait l’oeuvre ».

Des couleurs sur la place St-Michel

La place St-Michel à Bordeaux a donc été le théâtre d’une bien étrange exposition. Sur les pavés, la peintures s’étalent, formant des créatures étranges et des dessins colorés.

Street Art place St-Mich' : Monsieur Poulet

Street Art place St-Mich’ : Monsieur Poulet

On doit ces fresques à l’artiste Monsieur Poulet. Marques de pied, pixel art, nuages, il y a une part de rêve dans ces fresques. D’autres ont pris de meilleurs photos que les miennes, et vous pourrez sans doute mieux admirer le travail de l’artiste.

Pixel art ? (Monsieur Poulet)

Pixel art ? (Monsieur Poulet)

Se servant des pavés pour construire ses formes, Monsieur Poulet joue habillement avec les formes. De près comme de loin, les œuvres s’étirent et se déforment, mais toujours représentent quelque chose. Il y a aussi quelque chose d’enfantin et d’amusant dans ce qu’il fait.

Mais laissons là les interprétations hasardeuses. Bien que chacun puisse y voir ce qu’il souhaite, ce dernier hommage à l’ancienne place St-Michel vaut bien la peine qu’on s’y arrête.

Street Art (Monsieur Poulet)

Street Art (Monsieur Poulet)

Tirons sur la place ! (Monsieur Poulet)

Tirons sur la place ! (Monsieur Poulet)

Finalement, entre création artistique et destruction programmée, la place St-Michel aura été le théâtre d’un art éphémère. Sous les pavés, la plage, disait-on. Mais sur les pavés, l’art.

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Une réponse à “Street art place St-Michel à Bordeaux : entre création et destruction

  1. J’adore (évidemment). Très instructif et bien raconté.
    Je ne connaissais pas les liens, je m’en vais découvrir !
    Thanks ! 🙂

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