Microphémérides 2014

Ceux qui me suivent sur Facebook l’auront déjà vu, mais je fais ici un article récapitulatif. En effet, je participe au site internet Microphémérides, site internet regroupant, par jour, des micro-nouvelles de différents auteurs. Le site est divisé en deux types de jour : les jours avec (journées à thème où tous les auteurs sont invités à participer) et les jours sans (dédiés uniquement à un auteur).

Je fais donc cet article pour récapituler l’ensemble de mes participations, avec lien à l’appui, classé du plus récent au plus ancien.

 

Microphémérides

31 décembre : Jour de la deuxième intercalaire

Dans la salle de rédaction des Microphémérides, la tension est à son comble.
— Mais non, je ne sais pas où il est ! s’écrit Sandrine, les nerfs à vif.
À ses côtés, le Père soulève des dossiers frénétiquement, lui aussi à la recherche de quelque chose. Tous les auteurs sont là pour fêter la fin de l’année, un an de labeur et d’écrits, d’inspiration ou de coups d’éclat et de réécriture de l’histoire en place. Anthony et Céline portent chacun un sac rempli de cadeaux, tandis que Jacques et Ludovic s’occupent de l’alcool.
— Alors ? s’impatiente Sandrine, tu trouves ?
Devant le silence du Père et l’impatience de certains membres de l’équipe (les deux Vincent jetant des regards désespérés en direction des sacs de boissons), Sandrine tape du pied.
— J’ai le premier pourtant. Mais impossible de remettre la main sur le second ! Et sans le second intercalaire, pas de microphéméride en 2015 ! C’est sur celle-là que j’avais noté la liste des auteurs retenus pour l’an prochain !

 

13 décembre

— Nos envoyés nous signalent une activité suspecte des Terriens.
— De quoi s’agit-il ?
Dans le vaisseau de surveillance de l’activité spatiale en charge du système solaire, le consul attendait patiemment. Les humains avaient la sale habitude de provoquer des « activités suspectes » tous les quatre matins. La dernière en date consistait en l’envoi de messages à travers l’espace, des fois que quelqu’un réponde. Comme s’il allait se donner la peine de signaler sa présence à une planète encore sous-évoluée…
— Nos agents sur place nous informent qu’ils ont mis en place une… j’ai du mal à comprendre.
— Une quoi ? Dépêchez-vous, je n’ai pas toute la journée.
— Une loi sur l’espace, monsieur. Sur sa propriété et son utilisation.
Le consul éclata de rire. Décidément, les Terriens avaient des idées de plus en plus stupides.

13 décembre 1963 : adoption d’une charte du droit de l’espace

 

29 novembre

Encore un petit coup de pioche et ils attendront leur objectif. Finalement, la porte du tombeau s’ouvre devant les hommes de l’expédition. Howard Carter, en tête du cortège, passe le premier dans l’ouverture, torche à la main. Il retient son souffle tandis qu’il arpente quelques mètres de couloir. Sur les murs et sous la lumière électrique, les hiéroglyphes prennent vie. L’explorateur en reconnaît certains, arrive à en décrypter d’autres.
Bientôt, il se retrouve devant le tombeau du pharaon. L’immense sarcophage semble l’attendre. Derrière lui, les hommes qui l’accompagnent se signent religieusement. Après un petit temps de recueillement, Carter commence à déplacer le couvercle du sarcophage.
Soudain, deux mains parcheminées émergent du cercueil. Aidant l’égyptologue, la momie se dresse bientôt, de toute sa hauteur. Elle esquisse quelques gestes d’étirement avant de s’exclamer, dans un langage que les hommes ne comprennent pas.
— Ah ! J’ai enfin le droit de me dégourdir les bandelettes. Merci les gars !
Dans un même mouvement, Carter et son équipe s’enfuient en courant. Sur le chemin du retour, certains mourront de peur, d’avoir rencontré le pharaon, la seule pensée cohérente animant l’équipe sera que la momie les a maudits de l’avoir dérangé dans son repos éternel…

29 novembre 1922 : Howard Carter et Lord Carnarvon ouvrent le tombeau de Toutânkhamon

 

29 octobre

Sur la place, le silence bourdonne encore aux oreilles de la foule. La sentence est tombée, le bûcher encore vide n’attend que sa victime. Tout Paris retient son souffle. Le clergé se signe à intervalle régulier, tandis que les manants frottent porte-chance et signes plus ou moins religieux. L’annonce a ébranlé la cité, certains n’arrivent toujours pas à y croire. Une sorcière ! Une vraie sorcière, sortie tout droit des contes pour enfants, a été démasquée et jugée.
Des pas retentissent sur la place, puis chacun ne tarde pas à voir apparaître sur l’estrade le bourreau et sa captive. La démone n’a rien d’exceptionnel. Étrangement jeune, peut-être, une chevelure d’un roux flamboyant cascade sur ses épaules, tandis qu’elle scrute les visages présents dans le public. On retient son souffle, on détourne le regard, à mesure qu’elle prend de la consistance. Un sourire éclaire les lèvres de la sorcière, bâillonnée avant d’avoir pu prononcer le moindre sort.
Rapidement, le bourreau l’attache au bûcher. Qu’on en finisse et vite ! Déjà la foule s’impatiente, mal à l’aise. C’est la première fois que se produit pareil spectacle dans Paris. Et déjà on regrette l’offense, persuadé que le mal se retournera contre les pauvres spectateurs.
La torche enflamme finalement le petit bois, déclenchant l’hilarité de la sorcière. Elle semble aimer la sensation de chaud qui s’en dégage. Mais sans doute est-ce déjà trop. La fumée s’épaissit autour de sa silhouette, jusqu’à complètement la recouvrir.
Un dernier éclat de rire, et la voilà qui disparaît. Il n’est pas encore né, celui qui arrivera à la brûler. Et pourtant, beaucoup ont déjà essayé !

1390 : premier procès en sorcellerie de Paris, Jeanne de Brigue envoyée au bûcher

 

28 octobre

— Mais ! C’est une femme !
Les membres de l’Assemblée nationale s’agitent sous l’affront. Les murmures de contestation emplissent rapidement l’espace du large amphithéâtre richement décoré.
— Oui, je suis une femme, et alors ? Nous avons des droits, nous aussi !
Olympe ne se contient pas. Sa rage explose aux yeux de tous tandis qu’elle tente de rétablir le silence.
— Et je ne suis pas la seule dont les droits ont été bafoués par votre Déclaration des droits de l’homme, messieurs ! Avez-vous pensé à ceux qui ne sont ni hommes ni femmes ?
— Nous avons déjà statué sur la question de nos « visiteurs », madame. Il n’est pas question de leur accorder des droits sur une terre dont ils ne sont même pas originaires.
— C’est une honte ! hurle Olympe, au comble de l’indignation. Nous devrions tous avoir les mêmes droits et devoirs ! Chose que j’ai juste ici.
D’un geste rageur, elle leur montre les feuillets qu’elle tient entre les mains, et dont une copie a été donnée à chacun.
— La Déclaration des droits de la femme, de la citoyenne et des aliens n’est qu’un torchon de plus à votre actif, souligne l’un des députés avec un sourire indulgent. Vous nous faites encore perdre notre temps. Révisez votre texte. Limitez-vous déjà à la cause des femmes. Quitte à prendre une cause perdue, choisissez la moindre.
— Messieurs, vous allez le regretter.
À ces mots, Olympe de Gouges tourne les talons et part en claquant la porte.
Le lendemain, tout Paris connaissait l’existence de sa déclaration, provoquant un vent de panique.

1791 : Olympe de Gouges présente la Déclaration des droits de la femme, de la citoyenne et des aliens à l’Assemblée nationale

 

20 octobre : Journée mondiale des statistiques

Statistiquement parlant, il y avait une chance sur 8 milliards d’individus pour que ce soit moi qui me retrouve coincé dans cet ascenseur (et une chance sur 300 pour que ce soit justement celui-ci qui tombe en panne). Sans compter qu’il n’y avait que 20 % de chance pour que j’ai justement un rendez-vous ce soir. 50 % pour que je sois à moitié à la bourre… Maintenant, je sais que j’ai 1 chance sur 2 de ne pas avoir de réseau pour la prévenir. En espérant que ça finisse bien. J’ai lu que sur les 2000 accidents d’ascenseur, 10 % se finissent en catastrophe. En moyenne, je devrais rester bloqué entre 20 minutes et 4 heures.
Mais la grande question n’est pas de savoir à quel moment je vais m’en sortir, ni même si je vais pouvoir arriver à mon rendez-vous. Non, la grande question, c’est : quelle est la probabilité qu’elle me croie avec une excuse pareille ?

20 octobre, journée des statistiques malchanceuses

 

3 octobre

Dans la petite ville de banlieue parisienne, les trois marraines féériques veillent. Un enfant est à naître, elles se doivent de lui apporter la sensibilité, l’esprit de création et la joie de vivre. Chacune porte son présent, le sourire aux lèvres. Elles pensent à la fillette qui va recevoir ces présents, et ce simple fait les rend heureuses.
La ruelle monte légèrement, les fées ne peinent pas sous l’effort puisqu’elles peuvent voler. Devant la porte, elles n’hésitent qu’un instant, avant d’entrer. Elles se guident aux sons, aux cris de joie et aux soupirs de soulagement. Dans la chambre, la nouvelle mère tient son enfant entre ses bras.
Flora, la première marraine, s’approche du bébé emmailloté, se penche sur son lange et l’embrasse sur le front. Elle lui promet la joie de vivre, le bonheur, le charisme.
Pâquerette, la seconde, suit le même rituel, donnant au nouveau-né l’intelligence et la douceur de caractère.
Pimprenelle, la troisième, prend un chemin identique. Elle se penche sur l’enfant, découvre, à son grand étonnement, qu’il s’agit d’un garçon. Habituellement, elles sont appelées pour les filles, mais qu’importe. Elle ouvre le pot qu’elle porte avec elle. D’un mouvement, elle saupoudre la tête du nouveau-né, lui donnant beauté, amour et créativité.
— Allez, Pimprenelle, on n’a pas toute la journée, l’interpelle sa sœur.
De surprise, la fée renverse le pot sur le visage du bébé.
— Malheureuse, qu’as-tu fait ? s’insurge Flora.
— Ce n’est pas ma faute, gémit Pimprenelle.
En hâte, les trois marraines fuient la demeure, comme si les humains pouvaient les voir. Elles se demandent ce que donnera cet enfant, qui a reçu une trop forte dose de créativité et de beauté. Le mélange peut parfois être dangereux…
Au moins, il n’a pas eu surdose d’ego ou de reconnaissance !

3 octobre 1867, naissance de Pierre Bonnard, peintre français ayant inventé l’un des rares mouvements que personne ne connaît : les nabis.

 

28 septembre : Ask a stupid question day

— Je peux te poser une question ?
— C’est ce que tu viens de faire.
L’autre tourne les talons et s’en va.

 

13 septembre

Le champ de bataille s’étalait sur des kilomètres. Des corps ensanglantés, certains encore gémissant, jonchaient les rues où que se porte le regard. Cette première journée avait été un vrai désastre. La ruse avait permis d’engager le combat, mais Suisses, Français et Vénitiens avaient croisé le fer toute la journée, sans qu’un camp n’en sorte vainqueur. De chaque côté, l’épuisement se faisait sentir, mais personne ne voulait céder un pouce de terrain. Le crépuscule avait laissé place à une nuit où la Lune dispensait encore de ses rayons, éclairant ce qu’il restait du champ de bataille.
— Nous ne pouvons pas continuer comme ça, marmonna l’un des soldats de l’arrière-garde magique des Suisses.
Sa présence n’était qu’officieuse. Officiellement, aucune des forces en présence n’était autorisée à faire appel au Petit Peuple pour combattre dans des affaires d’humains. Mais la réalité était tout autre.
— Il faut faire quelque chose. Ils sont supérieurs en nombre et nous n’allons pas tarder à y perdre plus qu’une simple bataille.
Le mot fut passé entre les rangs, pour arriver au chef des fées. Celui-ci prit alors la décision qui s’imposait :
— Qu’un contingent magique fasse disparaître la Lune. Sans sa lumière, nous aurons droit à quelques heures de repos.
Quelques minutes plus tard, la ville de Marignan fut plongée dans le noir le plus total.

13 septembre 1515, François 1er combat les Suisses à Marignan

 

25 aout

— Messieurs, je vous présente la lunette, s’écria Galilée avec emphase.
Devant lui, l’étrange engin, tout en longueur, pontait vers l’assemblée. Ressemblant étrangement à ces longues vues de marin, la lunette, comme l’appelait Galilée, n’avait rien de vraiment exceptionnelle. La seule fantaisie semblait venir d’un petit coffre sombre accolé à son côté.
— Et à quoi sert-elle ? demanda le premier sénateur de Venise.
— A voir ce qui se trouve très éloigné, à pouvoir l’étudier. Je peux ainsi voir les détails de la face de la Lune, par exemple. Regarder les étoiles, constater leur mouvement, et mieux comprendre ce qui nous entoure.
L’assemblée se tait quelques secondes, le temps de digérer les informations.
— Et comment fonctionne cette diablerie ? reprend le sénateur.
— Vous pointez vers le ciel, comme ça…
Dans le même temps, Galilée prend l’engin et la pointe vers le ciel. Il sait où regarder.
— … vous allumez l’écran ici…
Il appuie sur un bouton et le petit coffre s’illumine, provoquant un mouvement de recul dans la salle. Des murmures inquiets s’élèvent.
— … et vous appuyez là.
Une pression et l’image apparaît sur le coffre, d’une clarté démoniaque.
— Sorcellerie ! hurle le sénateur en se levant.
Galilée reste interdit. Quoi ? Sorcellerie ? Mais… Ce petit morceau de terre accroché dans l’espace infini qui s’affiche sur l’écran… c’est chez lui !

25 aout 1609, Galilée fait une démonstration son télescope astronomique au Sénat de Venise

 

5 aout

— Non mais c’est pas possible ! s’écrie-t-il en levant les yeux au ciel.
— Calme-toi, mon fils.
— Mais papa ! On peut pas laisser dire ça ! Tu te rends compte ? Et ma réputation ?
Confortablement installé sur Son nuage, Dieu ne répondit pas à l’interrogation de Son fils.
— Tu m’écoutes ? Je passe pour quoi, moi, si ces quatre guignols sont plus connus que moi ?
— Rien.
Toujours plus laconique, Dieu resta silencieux quelques instants. Que Son fils soit hors de lui, Il pouvait le comprendre. Il devait rester fidèle à Lui-même : d’un calme divin.
Sans un mot de plus, Jésus-Christ fit les cents pas. Les déclarations des hommes le rendaient de plus en plus perplexe et celle-là en particulier. Ce Lennon ne manquait pas de souffle. Jésus aimait les hommes, mais qu’ils osent dire qu’un simple mortel (quatre en l’occurrence) était plus connu que lui… Inconcevable !
— Calme-toi, Mon fils, finit par intervenir Dieu. Les voix des hommes sont impénétrables, tu le sais…

5 août 1966 : John Lennon affirme que les Beatles sont plus célèbres que Jésus-Christ

 

10 juillet

Ils dansent, chantent et jouent. Les festivités battent leur plein sur les presque sept cent îles qui composent l’archipel. Cette date représente leur indépendance, la liberté durement gagnée. Les autochtones ne songent plus à rien, sinon à s’amuser et à célébrer ce jour. Les rires côtoient les feux de Bengale et d’artifices. Chaque île célèbre à sa façon l’une des journées les plus importantes de son histoire.
Sous la surface de l’océan, les immenses Tarasques fêtent leur liberté à l’instar des humains qui les occupent. La colonie a durement gagné son Indépendance, et l’on ne peut s’empêcher de féliciter Maître Bahamas, l’ancien qui a fondé la colonie. Aujourd’hui, autour de lui, ses enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants et d’autres générations encore le vénèrent pour sa générosité et sa gentillesse.
Et sans le savoir, les humains aussi célèbrent Maître Bahamas, le remercient de sa présence et de sa générosité.

10 juillet : Fête de l’Indépendance aux Bahamas

 

15 juin : Journée mondiale du vent

Hôpital Psychiatrique de Toulouse. 15 juin 2014. 9h.

Branle-bas de combat dans les étages. Tous s’attendent à la déferlante. Un service des urgences a été créé spécialement dans l’attente de cette date. Tout a été mis en œuvre pour que ce jour soit le moins dévastateur possible. Et pourtant, elle est attendue : le Big One du Sud Ouest de la France. La journée du vent !
Mais à Toulouse, le vent n’est pas ce qu’il semble être. Surnommé le « Vent qui rend fou », ça n’a jamais été plus vrai qu’en cette date fatidique. Beaucoup s’attendent à des épidémies de zombies pour la fin du monde ? Nous savons, nous, que ce sera le vent et ses caprices qui plongera l’esprit humain dans le désarroi. Alors, aujourd’hui encore, nous faisons face. Notre protocole de survie va être mis à rude épreuve.

La fin approche… Le Vent arrive…

8 juin

A peine les dernières lignes couchées sur le papier, Georges se leva de son fauteuil en grimaçant. Décidément, ces vieux fauteuils des années 40 n’étaient pas aussi confortables que son sofa à mémoire de forme… Mais il devait s’en contenter. Depuis qu’il était coincé dans cette époque archaïque, le voyageur temporel n’avait d’autre choix que de s’accommoder du mieux qu’il pouvait au manque de technologie et à l’absence d’un réel confort.
Pour passer le temps, Georges s’était lancé dans ses mémoires. Il tapait à la machine (quelle horreur que de devoir se servir de ses doigts pour écrire !) ses expériences, la façon dont son monde était contrôlé et contrôlait le monde. Les seuls détails qu’il omettait concernaient son voyage dans le temps et son envie d’évasion après avoir ouvert les yeux sur la société dans laquelle il vivait.
Et parce qu’il fallait bien gagner de quoi vivre malgré les économies qu’il avait emmenées avec lui, Georges s’était dit que le mieux serait encore de chercher à publier ses mémoires, si tant est que cela intéresse quelqu’un. Après tout, il passait bien pour un illuminé lorsqu’il racontait son histoire en société…
Peut-être que cela mettrait en garde les générations passées du danger à venir…

8 juin 1949, après un voyage éprouvant dans le passé, Georges Orwell publie 1984, un livre de « science-fiction »

5 juin : Journée mondiale de l’environnement

– Cultiver des champs ? Vous êtes sérieux là ?
– L’agriculture est un savoir antique, expliqua l’expert, impassible. Nous en avons perdu l’usage voilà de cela plusieurs centaines d’années et nous connaissons actuellement une crise alimentaire sans précédent. Nous avons besoin de revenir à des systèmes qui fonctionnent et qui ont été éprouvés par le temps.
– Donc, si je vous suis bien, reprit le président de la commission spéciale devant statuer sur la famine planétaire, nous devons travailler la terre et faire sortir des trucs du sol.
– Tout à fait.
– Et ce sol, il faut que ce soit de la terre sans béton ni pollution nocive, ni de cailloux de Vénus, je suppose.
– En effet.
– Puisque vous êtes si malin, expliquez-moi où diable vous allez trouver ça, cria presque le président, excédé.
L’expert posa un regard condescendant sur son interlocuteur avant de sortir des plans et des graphiques de sa sacoche.
– Dans l’espace, monsieur.

5 juin 2075, la famine mondiale provoque la mise en service de champs stellaires de production de blé, maïs et autres féculents.

2 juin

C’est bientôt la fin. Dans le sombre cachot, la jeune femme attend. Quand elle y repense, elle n’a rien fait de mal, juste exister, et pourtant, cela semble suffisant. Devant elle, la grille s’ouvre avec fracas, la pénombre cachant les traits de celui qui vient la chercher. Blandine se lève, presque sereine face au sort qui l’attend.
Ses pas résonnent dans le long couloir d’où s’échappent un flot de lumière et les rumeurs de la foule. Mais elle s’avance, poussée dans le dos par son bourreau, l’homme qui refermera la grille sur sa sentence et sa fin. Blandine sourit presque. Elle sait ce qui l’attend mais elle n’a pas peur.
Elle est condamnée pour sa différence, ce petit plus qui fait d’elle un être exceptionnel. Mais personne ne veut entendre parler de ce type d’exception.
Dans l’arène, la luminosité soudaine l’aveugle quelques secondes. Un grincement lui indique que ça y est : la seule issue est fermée. Devant elle, deux lions majestueux s’avancent, menaçants. Cela fait bien longtemps qu’on ne leur a pas donné à manger, pour qu’ils ne rechignent pas devant la tâche qui est la leur.
– Bonjour, leur dit Blandine, s’inclinant légèrement. Vous semblez avoir faim… Mais je ne suis pas un bon repas pour vous.
– Qu’en sais-tu, humaine ? gronde le premier.
– Sans doute parce que je ne le suis pas.
Dans les gradins, la foule se fige. Ils ont presque certains d’avoir entendu la prisonnière rugir. En bas, dans la fosse, les lions se couchent au pied de leur semblable.

2 juin, célébration de Sainte Blandine, sainte patronne des change-formes

 

 

 

12 mai

— Comme vous pouvez le voir, nous sommes ici pendant le règne d’Henri III, souverain de France de 1574 à 1589. En ce 12 mai 1588, la ville de Paris est calme et paisible, malgré des guerres de religion de plus en plus fréquentes – l’une d’entre elles faisant justement rage à l’heure où nous parlons. Petite question historique : combien de guerres de religion y a-t-il eu avant 1588 ?
Hanaé a toujours aimé les cours d’histoire. Mais pas pour les blabla rasoirs de son prof, non. Pour les sauts temporels qui allaient avec chaque visite pédagogique. Elle trouvait passionnant cette façon d’envisager et de voir le monde que celle des anciens. Se détachant du groupe, elle suivit le cours de ses pensées tout en détaillant rues et façades. Ils se trouvaient aux abords de la ville, là où personne ne remarquerait le groupe étrange et bariolé des étudiants temporels en pleine classe.
Au gré de ses pérégrinations, Hanaé se retrouva devant l’une des portes de la ville où attendait un homme de grande prestance monté sur un fier destrier.
— M’sieur ! l’apostropha la jeune femme. Vous attendez qui ?
Un garde armé menaça Hanaé qui haussa les épaules.
— Le Duc de Guise pour faire la paix, annonce l’homme charismatique, qui n’est autre que Henri III.
— Le roi de France ? interroge Hanaé, avant de se rendre compte de sa gaffe.
Ne JAMAIS révéler le futur en voyage scolaire. Elle aurait dû le savoir ! S’en souvenir… Mais déjà le destrier rebrousse chemin et des ordres sont donnés. Les gardes se postent devant la porte et la menace de leurs armes.
— Barricadez Paris ! crie l’homme qui devait être le véritable roi…

12 mai 1588, l’histoire prend un cours différent lorsqu’une étudiante temporelle déclenche par mégarde la Journée des Barricades.

 

12 avril : Nuit de Youri

– Allô Youstaune ? Nous avons un problème !
– Que se passe-t-il, navette 1 ?
– Un objet non identifié est apparu sur nos radars. Il ne répond à rien qui figure dans notre base de données.
– Caractéristiques ?
– Masse assez petite, blanche, avec quatre appendices mouvants et une espèce de grosse boîte sur la partie centrale.
– Signe distinctif ?
– Non… Ah ! Attendez, l’ordinateur de bord vient de déduire une nouvelle donnée… Apparemment, il s’agirait d’un autochtone de la planète la plus proche.
– Un Terrien ? Dans le vide intersidéral ? Me faites pas rire, navette 1 ! Bon, évitez l’objet, et revenez à la base. Fin de l’exercice.
– Bien Youstaune.
12 avril 1961, un vaisseau d’entrainement militaire vénusien croise Youri Gagarine lors de la première sortie dans l’espace. Incrédule, la base vénusienne de Youstaune en charge des décollages et atterrissages spatiaux refusera de croire ce qu’elle pensait être un canular.

 

10 avril

Dans les profondeurs, l’éclairage rougeoyant de la lave en fusion lui donne un air terrifiant. Sur ses écailles brillent les feux du centre du monde, aussi millénaires que la créature qui les avaient engendrés. Voilà des dizaines d’années qu’il dort au fond de sa cavité, attendant le reflux de la température pour s’éveiller à nouveau. Les variations de température agissent sur lui comme un réveil matin déréglé.
Quelques dizaines de degrés de moins, et le voilà qui ouvre un œil, puis les deux, avant de grogner de frustration. Sous le manteau de la Terre, quelque part sous les îles tropicales de l’Indonésie, l’un des plus anciens dragons vient d’être réveillé. Le bruit sourd de sa rage se propage vers la surface alors que déjà, la terre commence à trembler. Dans les sous-sols, l’immense créature crache des flots de feu pour se réchauffer. Au-dessus, la roche explose pour laisser jaillir les feux du dragon éveillé. Les panaches de fumée montent vers les cieux tandis que la lave en fusion réchauffe la terre en profondeur.
En dessous, le dragon pousse un soupir satisfait. Ainsi isolé, son refuge conservera la chaleur quelques centaines d’années de plus.

Le 10 avril 1815, le volcan Tambora, en Indonésie, s’est éveillé et est entré en éruption.

 

1er avril : Festival international du livre mangeable

Encore une petite touche. La pincée de sel qui va bien, les quelques grammes d’épice… Et voilà ! Le chef Aggripa, papivore elfique de son état, lève le nez de ses fourneaux avec un sourire triomphal. La recette est parfaite, le résultat sent divinement bon, il n’y a aucune raison pour que cela ne plaise pas.
D’un pas conquérant, le chef sort de la cuisine et fait face à ses invités. Ses commis, des lutins ayant quittés leur royaume du grand Nord, envahissent la table, portant sur leur tête des plateaux d’argent. Sur ces plateaux, une assiette contenant un ouvrage à la reliure scintillante.
– Mesdames, Messieurs, les critiques. Vous voici réunis ici pour découvrir ma toute nouvelle réalisation. Je vous laisse la surprise de ce mets enchanté. Bon appétit !
Les convives se regardent un instant, interrogatifs. Les assiettes se posent devant eux, sans qu’ils comprennent. L’une d’eux, critique culinaire de renom, ouvre délicatement le livre avec sa fourchette. Elle se met rapidement à lire, attrapant l’ouvrage à pleine main, bientôt imitée par les autres convives.
Dans sa cuisine, Aggripa observe par le hublot la dégustation. Il soupire de frustration lorsqu’il constate que personne ne mange.
– Ah, ces humains ! Incapable de comprendre l’art de la table, gronde-t-il avant de se détourner.

 

28 mars

La cantatrice entre dans la pièce, tenant dans ses mains l’imposante perruque de cheveux bruns. Elle s’installe près d’un imposant rhinocéros, qui montre des dents à son approche. Derrière eux, l’horloge sonne 17h. L’heure du crime, l’heure maudite où les grands s’éteignent mais où les écrits restent. La pièce est pauvrement meublée : une table et des cahiers griffonnés, quelques sièges, déjà occupés. Et un lit. Un grand lit où il repose, les yeux fermés, l’air serein.
La cantatrice soupire, sourit, laisse tomber sa chevelure sur la corne du rhinocéros. Celui-ci se lève, s’ébroue, avant de s’avancer vers l’homme allongé.
— Voyez comme vous nous avez fait. Voyez comme, contre toute attente, nous vous survivons. Etait-ce là votre volonté ?
L’horloge sonne 17h et soixante-deux minutes. Même les heures s’emmêlent les pinceaux. Ceux-ci peignent sur les murs les derniers éloges de celui qui fut l’un des maîtres du genre. La couleur coule un peu, mais le principal est dit. Un monologue sans queue ni tête raconté par une femme sans cheveux, à côté d’un rhinocéros portant une perruque près du corps sans vie du maître de l’absurde. Allez-y, jeter un œil, il y a là de quoi faire sortir les yeux de la tête et basculer la raison. Si tant est que celle-ci juge bon d’entrer en action dans cette pièce hors de toute convention.

Eugène Ionesco est mort le 28 mars 1994.


Le soleil se lève doucement sur la ville, mais celle-ci dort encore. Les rues sont désertes, les commerces fermés. L’agitation d’usage n’est plus qu’un souvenir lointain. Déserte, la ville est vide et pourtant n’a pas été abandonnée. En haut, sur leur nuage, les deux compères se disputent.
— Je te l’avais dit ! C’est une mauvaise idée, soupire l’homme en vert, tenant tête à son ours d’ami.
— Mais non. Un peu de repos ne leur fera pas de mal, grogne l’autre, en haussant les épaules. Nous n’avons qu’à dire qu’aujourd’hui est une journée consacrée au sommeil. Ça leur fera du bien de se poser un peu dans ce monde où tout va trop vite.
— Certes, mais on ne peut pas les forcer à dormir !
— C’est déjà fait, de toute façon.
Le marchand de sable soupire en contemplant à nouveau la ville endormie malgré l’heure tardive. Après tout, Nounours avait raison : ce qui était fait l’était et pas moyen de revenir en arrière.
Pestant contre la maladresse de son ami qui avait renversé son sac de sable magique sur la ville, le marchand manœuvra leur nuage pour l’emmener vers d’autres cieux.
— Pom pom pom… commença l’ours, redevenu joyeux.

28 mars, Journée mondiale du sommeil

 

25 mars : Journée mondiale de la procrastination

Sur la face cachée de la Lune, le gigantesque vaisseau spatial entrave depuis des années la rotation de l’astre afin d’éviter de dévoiler leur présence au genre humain. Le capitaine, masse imposante rougeâtre, pose ses quatre globes oculaires fatigués sur la console de contrôle. Celle-ci clignote de temps à autre, signalant qu’il n’y a, justement, rien à signaler.
– Depuis combien de temps est-on là, lieutenant ? interroge le capitaine de sa voix traînante.
– Je ne saurais dire, mon capitaine. Mille ? Trois mille ? Dix mille ans ?
Tous deux laissent échapper un soupir résigné.
– Si je peux me permettre, va falloir finir la mission, mon capitaine.
– Oui lieutenant. Nous n’avons que trop tardé. Les habitants de cette planète doivent connaître notre existence si nous voulons récupérer une partie de leurs ressources.
– Certes. Quand planifions-nous notre descente ? Dans ce cycle solaire ?
– Si tôt ?! s’exclame le capitaine, dans un sursaut. Non, non… Vous n’avez qu’à planifier ça à demain.
– En journée terrestre ? Spatiale ? Ou…
– Qu’importe, le coupe le capitaine dans un bâillement. Demain. Pas aujourd’hui.

 

5 mars

Dans la salle obscure, je souris. L’écran s’illumine, mon nom apparaît à l’écran, en gros, gras, en caractères menaçants : Max Schreck. Un sourire se dessine sur mes lèvres fines. Alors que les premières images défilent et que le son emplit l’espace, je me souviens de la facilité avec laquelle j’ai convaincu le réalisateur de m’attribuer le rôle. Par un simple regard, de ces yeux à hypnotiser le diable en personne.
A côté de moi, Greta me sourit de toutes ses dents à mesure que s’égrènent les secondes. Sous mes yeux, passe LA scène, celle qui me fait encore frissonner de plaisir. Je me vois plonger mes dents dans le cou gracile de ma partenaire. Rendez-vous compte : j’ai même été obligé de le faire !
Ah le cinéma ! Une invention miraculeuse pour le démon des Carpates. Loin de lui la demeure sordide du fond de ses montagnes sinistres. Bonjour, Hollywood et les feux de la rampe ! Et quoi de mieux qu’une salle plongée dans le noir, qu’un délicieux film et qu’un succulent poignet en guise d’en-cas pour savourer l’aube d’un XXe siècle festoyant ?

5 mars 1922, première projection du film Nospheratu, chef d’œuvre allemand avec dans le rôle principal le comte Dracula lui-même.

 

3 mars : Journée de π

Il est dit que, par une journée chaude de mars, dans une région proche d’Athènes, un maître donnait à son élève une leçon.
– Ptolémée, donne-moi la constante du cercle, s’il te plaît.
– C’est égal au rapport entre le périmètre d’un cercle et son diamètre, récita l’enfant, voulant expédier au plus vite la leçon du jour.
– Très bien. Et quel est ce rapport en chiffres ?
L’élève contempla le maître, et récita d’une voix forte les quelques centaines de décimales suivant le futur très célèbre « 3,14 ». A plusieurs reprises, le maître gronda son désaccord sur certains des chiffres énoncés par l’enfant. Finalement, il lui tendit une tablette de cire et un stylet.
– Maintenant, écris-le. Et sans erreurs, cette fois.
Résigné, Ptolémée commença par titrer sa tablette : Pi.
– Qu’est-ce que ? l’apostropha le maître, désapprobateur.
– Il s’agit de la constante du périmètre, maître.
– Pourquoi l’écrire ainsi et non en toutes lettres ?
– Parce que c’est trop long, maître, souffla l’enfant avant d’entreprendre de recopier les quelques milliers de décimales du nombre demandé.
Des centaines d’années plus tard, la tablette de cire, dont la conservation avait été aidée par la magie d’un alchimiste grec, fut retrouvée et confiée à des mathématiciens, reconnaissant dans la paresse de quelques enfants grecs le génie des grands hommes.

 

10 février

La salle bourdonne au rythme des engins aux engrenages compliqués qui sont en fonctionnement. Les fenêtres sont ouvertes pour laisser s’échapper la vapeur des turbines tandis que les ingénieurs envoient des pelletées de charbon au feu. Assis derrière une console pleine de touches, un homme tente d’entrer les données dans l’étrange machine.
— Hé ! On est bien censé entrer toutes les règles de la langue française ?
— Oui, toutes, crie son comparse, pour couvrir les bruits de l’engin. A vie. Définitivement. C’est ce qu’a dit Richelieu.
— Et ça va servir à quoi ?
L’autre hausse les épaules et continue d’alimenter la machine. Celle-ci pétarade un peu plus avant de libérer un nuage de vapeur.
— Comment Richelieu a dit que ça allait s’appeler ? reprend le second.
— Une académie. Drôle de nom pour une machine…

10 février 1635, Louis XIII crée l’Académie Française, garante de la langue française.

 

3 février : Fête du lancer de haricots

— Jack ! Jack ! C’est à toi !
Le jeune homme lève les yeux de son sac de haricots. D’un regard, il embrasse l’assemblée, un sourire victorieux aux lèvres. Après tout, il est le champion incontesté de la discipline dans son pays. Il ne voit pas pourquoi il se ferait battre ici.
Dans sa paume, il dépose deux haricots, souffle dessus et les lance le plus loin possible. La foule retient son souffle à mesure que les cosses s’envolent et parcourent une distance phénoménale. Ici, au pays du Soleil Levant, personne n’avait jamais vu ça.
Douze mètres quarante ! Le public est en liesse, Jack lève haut les mains, le présentateur hurle des commentaires incompréhensibles. Sur la piste, les haricots s’enfoncent légèrement dans le sol et commencent à pousser, à pousser encore et toujours jusqu’à toucher les nuages. Jack exulte. L’arbitre s’approche de lui.
— Disqualifié !

 

19 janvier

— L’armée française ne saurait tolérer un tel affront ! glapit le très auguste général Turreau au nez de ses collaborateurs. Nous ne pouvons laisser ces… choses en Vendée agir comme bon leur semble. Très bien, messieurs. Envoyez à nos armées les instructions suivantes : « Contre les brigands de la Vendée, qui menacent la France et son ordre, il sera commandé aux hommes de passer les renégats au fil de la baïonnette. Fées, nymphes, elfes et autres créatures refusant les ordres du roi et encourageant la révolte en Vendée devront être brûlés sur-le-champ. » Les colonnes infernales s’abattront sur la Vendée, messieurs. Prenez un escadron de feux follets avec vous. L’ordre va régner à nouveau.
Dans la salle de commandement, chacun acquiesce avant de se retirer. Le général Turreau, en fin stratège, lisse la carte de France avant de la replier délicatement, songeant au sort peu enviable de ces créatures impies qui se terrent en Vendée, dernier bastion du peuple féérique.

19 janvier 1793, le Général Turreau en 1793 lance ses « colonnes infernales » pour exterminer les derniers Vendéens renégats pendant la guerre de Vendée en France.

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Une réponse à “Microphémérides 2014

  1. Je viens de lire tes éphémérides, c’est très sympa ! (j’aime particulièrement la journée du sommeil !!) L’art de faire court… bravo !

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