Atelier d’écriture – Convention de Science-fiction

Ce week-end, j’ai participé à mon premier atelier d’écriture, dirigé par Jean-Claude Dunyach. Les exercices se sont multipliés, tous plus passionnants les uns que les autres.

Même si ces textes ne sont pas aboutis et ne présentent en soi pas vraiment d’intérêt (autrement qu’en temps que réponse à une contrainte), voici les quelques lignes que j’ai écrite pendant l’atelier.

 

Contrainte n°1 : Les points de vue : écrire une scène de demande en mariage, du point de vue d’un des futurs (ou pas) mariés

Plus le repas avance, plus la tension monte. Je suis la seule, je sais. La seule à paniquer devant chaque plat, à m’attendre à quelque chose à chaque bouchée. Il m’a forcément invité là avec une idée derrière la tête. On ne propose pas à sa petite amie de manger dans un grand restaurant juste comme ça « parce que j’avais envie ».

Flute de cocktail au champagne en apéritif, les petites bulles ne font même pas leur effet. J’angoisse à l’idée de la suite, je ne sais pas comment je vais réagir. J’espère juste qu’il ne s’attend pas à ce que je sois surprise. Si je m’y attends ? Bien sûr. Des mois qu’il rechigne à sortir, qu’il me met sous le nez ses relevés de compte comme quoi, tu comprends, l’argent c’est compliqué ces derniers temps. Et là ? Paf, le grand jeu. Costume, grande bouffe, décors somptueux. Il y a forcément anguille sous roche. Et une anguille qui porte une alliance, à tous les coups.

La conversation dérive sur les sujets du quotidien, Magali et son nouveau chéri, le film qu’on a tous les deux envie de voir… Que du banal, mais avec cette interrogation cachée, celle qui me hante depuis le début du repas : quand est-ce qu’il va se décider ? Et la pire, celle qui la suit dans son sillage de doute : et s’il ne le faisait pas ?

S’il est resté l’homme un peu classique que je connais, et que j’aime, il attendra le dessert. Un moelleux au chocolat fondant, comme je les aime, avec une couverture légère de crème anglaise. J’en salive d’avance !

Le repas avance, les mets arrivent. Foie gras et ses pommes confites en entrée. Tournedos de bœuf et son beurre à l’Espelette et petites échalotes. Un délice, vraiment. Même si j’ai du mal à en profiter vraiment. Je pense qu’il ne voit pas à quel point je suis inquiète, stressée, à quel point l’idée même de sa demande me retourne l’estomac. Ai-je vraiment envie de partager le reste de mon existence avec lui ? Je l’aime, c’est certain. Mais à ce point-là ? Difficile à dire. Surtout que je n’y ai jamais vraiment pensé avant ce soir. Lui, par contre, si. La dernière fois que le sujet est venu sur la table, je lui avais rétorqué : « De toute façon, tant que tu ne feras pas ta demande dans les règles dans un grand restau, c’est non. » Dis comme quand les poules auront des dents.

Et si, finalement, elles en avaient ?

Le dessert arrive. Ma panique manque de me submerger. Il ne faut pas qu’il le voit, surtout pas ! Attraper un verre devant moi, le boire cul sec. Du champagne a été servi sans même que je m’en rende compte, toute à ma réflexion. Sans réfléchir, je l’avale d’un trait.

Il avait quelque chose, ce champagne. Pas dans ses bulles, mais un arrière-goût prononcé de fer dont je ne m’attendais pas, et…

Quelque chose… dans ma gorge…

Je tousse, crache, tente de faire quelque chose. J’ai un morceau de je-ne-sais-quoi qui refuse de passer. En face, mon homme regarde mon verre, interloqué. Un serveur vient à ma rescousse, me tape dans le dos, m’apporte de l’eau. J’ai toujours un mal fou à déglutir, ça m’arrache l’intérieur de la gorge, tout en me tirant quelques larmes.

Il me faut de longues minutes pour parvenir à faire passer ce morceau particulièrement dur et récalcitrant. Je le sens glisser douloureusement le long de mon œsophage. Pour atterrir dans mon estomac. L’eau n’aide pas à apaiser la brûlure de ma gorge. En face, Daniel ne dit toujours rien.

Le gâteau arrive malgré le petit incident. Le gâteau ! Je n’y pensais plus. Est-ce que la bague est dedans ?

Daniel se penche vers moi, dépité. Qu’y a-t-il ? Il a renoncé ? Je sens en moi comme une vague de déception. Peut-être que je le veux finalement.

– Je voulais faire quelque chose d’exceptionnel, ce soir, commence-t-il, avec une petite mine.

– Oui ?

Il se lève, se met à genoux à côté de la table et pose une main sur mon ventre. De l’autre, il m’attrape la main.

– Sarah, veux-tu m’épouser ?

Son regard est chargé d’amour autant que de peine. De peine ? Pourquoi ? Et où est la bague ?

Je lance un regard au gâteau, pas encore entamé. N’aurait-il pas dû attendre que je finisse mon dessert ?

– Mais… et la bague ?

– Chérie… tu viens de l’avaler…

 

 

Contrainte n°2 : Utiliser le sensorium. Scène de séparation sur le quai de la gare, un jeune couple. Faire romantique, émotionnel !

Le sifflet résonne sur le quai. L’instant est bientôt là. Encore quelques secondes, peut-être une minute, et il sera parti. Je porte encore un peu son sac, bien trop lourd pour moi, pour sentir encore un peu son poids, sa présence à mes côtés. Le train ne semble attendre que lui. Sa porte ouverte comme une bouche béante qui va l’engloutir, l’odeur de métal chaud qui se dégage du quai d’à côté où un autre train vient d’arriver. Et les éclats de rire ! Ces insupportables éclats stridents qui me vrillent les tympans. A côté, une femme se jette dans les bras de son homme, heureuse de le retrouver. Je la déteste à cet instant même. Des embrassades, des rires, d’autres appels quand mes propres mots se coincent dans ma gorge.

Et sa main, sur mon épaule, qui m’apaise un peu. Il me sourit, m’embrasse tendrement dans le cou. Sa barbe de trois jours me chatouille et m’arrache un rire qui se transforme petit à petit en sanglot. Est-il vraiment obligé de partir ? De me laisser ici et de retourner dans ces contrées lointaines ?

– Ce ne sont que six mois, ma chérie.

Il glisse ses mots tout en essuyant une larme sur ma joue. Six mois, c’est beaucoup trop. Trop de temps à me morfondre à l’attendre dans l’appartement désespérément vide. Rien que d’y penser, j’en frissonne. J’ai froid. Froid de lui, de sa présence, malgré ses bras qui m’enserrent contre lui, malgré l’odeur de sa peau que je tente d’imprimer dans mon esprit à l’encre indélébile.

Mes larmes n’en peuvent plus de couler. Elles ont le gout salé de nos vacances à la mer, de ces moments partagés au fil des mois, des années même. Un petit arrière-gout de regrets parfois, de solitude, beaucoup.

Il n’existe plus que nous. Que nos deux corps enlacés sur ce quai, le sifflet résonnant à nouveau, strident. Encore quelques instants ! Il se détache de moi, presse encore ses lèvres pleine de mes larmes sur ma bouche. Framboises salées, un doux mélange du dessert que nous avons partagé et de ma peine de le voir me quitter.

– De toute façon, on s’appellera tous les jours !

Il tente de me faire sourire, sans succès. Je baisse la tête pour laisser couler encore un peu mes larmes. Tous les jours, sa voix ? Je voudrais tellement plus. Qu’il ne parte pas. Il reprend son sac, un poids me déserte, mais aucun soulagement.

Le voir s’éloigner de moi est un déchirement. Tout autour, le quai vit quand mon cœur se meurt de lui. On me bouscule en criant, ça court en riant. Debout devant le wagon, j’attends. Déjà il a disparu pour reparaitre derrière la fenêtre sale du train. Je pose une main tremblante sur le verre humide d’avoir voyagé sous la pluie battante. Le ciel aussi pleure pour moi.

Un nouveau coup de sifflet, cette fois le dernier. Il emplit mes oreilles, mon corps tout entier. Je recule de deux pas. Dans un bruit d’enfer, tout se met en branle. Un dernier signe de la main, quelques larmes encore. Puis je me retrouve seule. Seule au milieu des gens, d’une foule qui se retrouve et se quitte, qui s’agite. Seule immobile, les yeux dans le vague, là-bas où il a disparu.

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